On croit tous au Père Noël?

Emmanuel Macron Vs Les Gilets Jaunes, c’est le calendrier de l’avant 2018. Chaque semaine passe ou l’on arrive à gratter quelques cases pour découvrir un embryon de cadeau, souvent mal pensé et qui, si on le prends quand même parce qu’un cadeau, ça  ne se refuse pas, ne fais jamais vraiment plaisir comme on le souhaiterai. Normalement, le calendrier de l’avant, cela sert à faire patienter jusqu’au soir du vrai Noël. Il n’est pas sur que celui-ci nous conduira jusqu’au paquet que tous attendent.

Ce lundi soir, notre président nous a offert 13 minutes d’audition. Il était déjà venu précédemment nous dire qu’il avait tout bien entendu, et tout bien compris et on s’attendait donc, après quatre semaines de tumulte, quatre weekend de déchaînement social populaire inédit contre sa politique et ses répercutions immédiates, qu’il nous livre sa solution. Il a du faire le même audimat qu’une finale de la coupe du monde, annoncé depuis trois jours avec logo, jingle et comptes à rebours, précédé non stop du défilé de tous les chroniqueurs politiques qui nous ont livré leurs meilleurs pronostiques comme avant un tiercé. Je ne sais plus lequel d’entre eux a dit qu’il n’était pas très bon dans ce genre d’exercice… en voilà un qui connait son affaire.

Personne ne savait vraiment ce qu’il allait dire. Suspens! Seulement trois de ses très proches étaient dans la confidence a-t-on entendu. Ben oui, on ne gâche pas une surprise! Du coup, comme j’ai mauvais esprit, je me suis quand même demandé comment il était humainement possible de préparer d’aussi hypothétiques importantes réformes à effet immédiat sans organiser un peu cela à l’avance avec quelques ministre. Au moins le premier. Ou quand le doute nous assaille…

Résumons et décryptons à froid ce lancinent blabla:

Case N°1. Un smicard touchera 100 euros de plus. Potentiellement. A ben oui, potentiellement, parce qu’il ne s’agit pas d’une hausse du Smic (ne lui faites pas dire ce qu’il n’a pas dit). Le Smic sera revalorisé, comme prévu, cette année d’environ 20 euros entre la baisse de charges et la revalorisation « naturelle » (c’est pour moi, c’est cadeau!) et le reste sera reversé par la sécu avec la prime d’activité. Sous conditions, donc. Nos amis du bas de l’échelle vont donc passer ces prochains jours avec leur calculette afin de vérifier s’ils ne sont pas trop jeunes, ou trop vieux, trop ceci ou trop cela, et s’ils ne font pas, par exemple, trop d’heures supplémentaires qui risquent de faire sauter cette fameuse prime (tiens, encore un système qui donne envie de travailler), bref, s’ils rentrent dans cette première case. Quoi qu’il en soit, qui dit « sécu », dit trou de la « sécu ». Nous attendons donc prochainement la facture. Qui croit que c’est le Père Noël qui dépose les cadeaux?

Case N° 2. Les heures supplémentaires défiscalisées. C’est clair que celle là, il ne l’a pas inventé. Mais bon, ce n’est pas parce qu’un cadeau n’est pas très original qu’il ne fait pas plaisir. On y a déjà goutté, et ce n’était pas mauvais. Mais du coup, pour le fameux smicard, il ne faudra pas qu’il en fasse de trop parce que sinon, fini la prime d’activité. Et puis d’abord, cela suppose qu’il y ai des heures supplémentaires à faire. C’est comme pour les subventions contre le chômage: sur le papier, les technocrates théorisent toujours en pensant que les patrons n’embauchent pas uniquement parce que cela coûte trop cher. C’est peut être vrai dans de très grosses structures où l’on embauche parfois de façon cosmétique ou à l’inverse, dans de toutes petites boutiques où le palier entre 0 et 1 employé est tellement énorme qu’il faut un sacré pic d’activité pour pouvoir franchir le pas. Mais d’une manière générale, de tout temps et quel qu’en soit le coût, un employeur embauche parce qu’il a du travail. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’elles sont défiscalisées que les patrons, grand ou petits, vont, d’un coup, faire faire des heures à leurs employés. Il faudra d’abord qu’ils aient du boulot. Sous condition donc. Ceux qui, dans l’état seront les plus immédiatement heureux, ce sont les entreprises qui font déjà faire des heures à leurs gars. Il n’y a pas de petites économies… Quoi qu’il en soit, voilà un cadeau qui ne coûtera pas trop cher à celui qui le fait, vu que, dans le principe, il n’a pas d’argent à sortir. Juste il nous fait cadeau de ce qu’il aurait pu nous piquer en plus.

Case N°3 Suppression de la hausse de CSG pour les retraites inférieures à 2000 euros. Cadeau facile, cadeau malin où je ne t’offre en fait rien de plus. J’arrête juste de te prendre ce que je t’avais pris avant. On se croirait en période de soldes où certains commerçants (pas tous!) commencent par augmenter leurs prix de dix pour cent pour te faire, ensuite une magnifique remise de… Dix pour cent. Wahou!!! c’est la fête!! Bon, cela fait six mois que je te saigne, mais là j’arrête! C’est à peut près aussi sympa que d’avoir gracieusement consenti, après quinze jours de conflit, à ne pas faire de nouvelle hausse de taxe en feignant d’oublier que ce n’était pas la prochaine, mais la précédente qui avait fait sortir les gens dans la rue.

Case N°4. la prime de fin d’année, elle aussi défiscalisée. La prime éventuelle. Soumise elle aussi au bon vouloir des patrons. En toute hypothèse, en cette fin d’année 2018 où, en tout cas autour de moi, et pour ce que je sais, le marché Français n’a pas montré le moindre signe d’un exceptionnel rebond dans les affaires, il doit y avoir trois sortes de patrons: Ceux qui s’en sortent pas trop mal et ont déjà prévu une prime pour leurs salariés (peut être est elle même prévue contractuellement ou par tradition). Ceux qui n’ont pas d’argent, qui ont fait une mauvaise année et/ou qui n’ont, quoi qu’il arrive, pas les moyens de donner une prime. Puis il doit, éventuellement, potentiellement, y en avoir quelques uns qui se tâtent, se demandent, hésitent, qui voudraient bien mais sont un peu juste. Pour ces derniers, admettons, que l’idée peut être bonne et peut éventuellement les faire basculer. Mais combien sont ils? Ceux qui n’avaient pas les moyens, n’en auront de toute façon pas plus. Mais le vrai effet d’aubaine, c’est surtout pour les entreprises qui avaient déjà prévu de payer, fiscalité ou pas, et qui du coup auront à leur tour une petite prime. Cool! Et pour l’Etat, une fois de plus, cela ne coûte rien. Juste ils ne prendront pas ce qu’ils devaient prendre s’ils avaient pris.

Quatre cases de plus dans notre calendrier de l’avant. Cela fait cinq en tout. Et certains y croient toujours. Ne soyons pas que négatifs et admettons qu’un peu a été donné à quelques uns. Admettons que ceux qui sont concernés par ces mesures prendront certainement avec plaisir ce qu’on leur donne. Mais combien seront ils vraiment?

Cinq minutes après le discours du président, des journalistes savants du service économique nous ont rapidement sorti quelques graphiques en nous chiffrant le montant global de ces mesures. Le « coût » pour l’Etat. Le but étant certainement de nous montrer l’importance de l' »effort » consenti. Personnellement, mais je suis pas très bon en comptabilité, je n’ai jamais vraiment compris comment on pouvait classer comme un coût une hausse qui ne passera pas. Pour moi, bêtement, un coût, c’est un truc que je paye, de l’argent qui sort de ma poche, pas une hypothétique augmentation de salaire que je ne touche finalement pas. Mais ce que j’aurais préféré voir, en fait, comme graphique, c’est le nombre de personnes, même approximatif, réellement touchées par ces mesures. Car, et c’est tout le problème d’Emmanuel Macron aujourd’hui, ce discours était censé être sa réponse au mouvement des Gilets Jaunes, une explication de texte montrant qu’il avait effectivement entendu, mais surtout compris.

Or, je pense que ni lui, ni les membres de son gouvernement venu par la suite enfoncer le clou et assurer le service après vente, ni les journalistes apparemment dans l’incapacité de prédire quelle sera la réaction de la rue, n’ont vraiment encore compris le message, ni même à quoi ou à qui ils avaient affaire.

Ce qui est retenu pour l’instant, par ces observateurs prétendument aguerris, c’est qu’il s’agirait d’un mouvement hétéroclite (« protéiforme » ai-je entendu au fond de la classe), non structuré, sans chef ni parti, mais néanmoins insidieusement poussé par quelques humeurs extrémistes et révolutionnaires, qui décline une succession de revendications toujours plus nombreuses et parfois contradictoires, à la limite du caprice. Difficile a appréhender, puisque pas d’interlocuteur. Difficile à cerner puisque beaucoup de demandes. Bref, pas très télégénique et surtout inclassable et peut manœuvrable.

Pourtant, même si l’on ne peut pas nier que ces points font partis de l’histoire et même si, au prime abord, on pourrait comprendre que notre Père Noël de président se trouve fort désappointé et ai du mal à trouver le présent susceptible de faire plaisir au plus grand nombre, pour qui observe et écoute vraiment la clameur depuis le premier jour, certaines constantes demeures qui ne sont pas encore assouvies.

C’est vrai qu’à laisser ainsi une bande de gaulois colériques discuter sans filtre pendant des semaines au milieu d’un rond point, il n’est pas étonnant de voir la liste de Noël s’allonger. 5, 10, 30, jusqu’à 70 points de revendication retenus. Il y a en a pourtant une qui fédère la mouvement depuis le premier jour et qui se retrouve intrinsèquement dans chaque ligne, chaque demande, chaque détail évoqué: c’est celle de Justice. Justice fiscale. Justice sociale. Parce que c’est la sensation d’iniquité qui a poussé les gens dehors.

Comme il a été dit durant des jours, personne n’a jamais remis en question son consentement à l’impôt. Personne n’a jamais dit qu’il ne voulait plus payer de taxe. La France entière souhaite conserver son modèle social et sait parfaitement qu’il faut le financer. Personne n’a jamais dit non plus concernant le point déclencheur, qu’il refusait de participer à l’effort écologique. Ce qui a mis les gens en colère, c’est uniquement le sentiment de plus en plus exacerbé et surtout de plus en plus vérifié que ce sont toujours les même qui payent, les même qui font des efforts, alors que ceux qui en auraient d’avantage les moyens dépensent d’avantage d’énergie et d’argent pour éviter de payer plutôt que de contribuer. Toujours les même qui payent, et toujours les même qui décident. Ce caractère insurrectionnel, c’est toujours la même et historique description d’une classe dirigeante minoritaire qui se partage, en petit nombre, tous les avantages, quand la majorité du peuple, qui se doit en prime d’être silencieuse, n’obtient comme seul retour de leur labeur que les miettes des princes.

A tort ou a raison, les Gilets Jaunes, c’est cela.

Emmanuel Macron, hier soir, n’a pas rien fait et n’a pas rien donné. Mais il reste hors sujet. Il n’a pas répondu à la véritable question qui était posée, celle de la justice et surtout, il n’a pas répondu au plus grand nombre de ses détracteurs. Une chroniqueuse hier rappelait que François Hollande disait autrefois que lorsqu’il était à l’Elysée, il était tellement enfermé et protégé qu’il pourrait y avoir une guerre dehors sans qu’il s’en aperçoive. Pour répondre aux attentes, notre Président devrait faire comme tout le monde: ouvrir sa fenêtre, sortir, et regarder ce qu’il se passe. Les Gilets jaunes, ce ne sont pas quelques pauvres qui réclament un peu plus de pain et ce ne sont surtout pas que les quelques milliers qui campent au rond point ou défilent le samedi. C’est une France qui, dans son ensemble, ressent ce sentiment de déclassement généralisé, qu’ils soient smicard, de la classe moyenne ou même de la classe supérieur. Toute la France qui participe à l’effort se sent concernée. Il n’y pas que les plus modestes.

Alors la réponse n’est pas simple, mais elle ne sera bonne et acceptée que si elle est globale et emprunte d’équité. Et si certains en sont venus aujourd’hui à réclamer un référendum sur l’acceptation de la politique menée par le gouvernement, c’est parce que l’on voit bien aujourd’hui, à la lumière de tout ce qui s’est débattu ces derniers jours et même si l’on peut croire, pourquoi pas, que cette politique soit économiquement bonne, au bout du compte, pour le pays, qu’elle n’est pas du tout basée sur une justice sociale et fiscale. Sans doute que l’ISF était un truc inefficace ou contre productif. Selon les chiffres officiels, il n’avait pourtant pas empêché les riches d’augmenter leur patrimoine. C’était au moins un garde fou psychologique. Personne n’a rien contre les riches et nous sommes d’ailleurs tous d’accord pour qu’il y en ai. Les gens veulent juste les aider de bonnes idées lorsqu’ils ont trop d’argent et ne savent plus quoi en faire.

Le calendrier de l’avant amène jusqu’à Noël et je crois que les Gilets souhaitent encore gratter quelques cases. Juste pour voir s’il y a encore quelque chose dessous. Mais comme ils ne croient plus au Père Noël, je pense qu’au moins inconsciemment ils ont compris que s’ils voulaient un cadeau sous leur sapin, ils faudrait qu’ils se le fassent eux même.

Tragicomédédie du monologue des sourds

J’ai un un peu peur que nos chères élites n’aient pas encore totalement compris à quoi ni à qui ils avaient à faire avec ce mouvement des Gilets Jaunes. Est-ce du à une certaine arrogance de la part des gens « d’en haut » qui regardent la valetaille en se disant, d’un air hautin  « mais que me veulent donc ces petites gens? » Est-ce ce de l’incompétence totale où ils ne mesurent pas objectivement l’ampleur du phénomène, malgré le nombre des manifestants, malgré le soutient quasi général du pays? Est-ce une posture volontaire de retard à l’allumage façon tradition politicienne en mode « droit dans mes bottes », tradition absurde puisque, statistiquement elle s’est toujours soldée, pour l’Etat, par un échec à plus ou moins long terme (ce qui s’annonce être le cas)? Est-ce qu’ils tentent le pourrissement, voyant Noël approcher à grands pas, sans même s’apercevoir que c’est justement parce que ces personnes se demandent comment ils vont bien pouvoir gâter dignement leurs proches avec le peu qu’il leur reste qu’ils sont justement dehors à crier leur misère? Quoi qu’il en soit, lorsque je regarde évoluer la relation entre le gouvernement et les jaunes, je me dis qu’on est encore loin d’un début de résolution du problème.

La chose qui semble le plus déstabiliser tout ce petit monde qui dit écouter tout en feignant de ne pas comprendre, c’est qu’il n’y a pas d’interlocuteur, pas de chef, aucune personne pour lancer un grand palabre, aucun bouc émissaire vers qui pointer le doigt en cas de débordement. Il n’y a pas d’interlocuteur parce que les Gilets Jaune, c’est la France et il va falloir s’y faire. C’est la France en bloc, pas en détail. C’est la France par dizaines qui campe la semaine sur les rond points et aux entrées d’autoroutes malgré le vent et la pluie. C’est la France par centaines qui vient en renfort le samedi, la France par milliers qui défile le weekend. Et c’est la France par millions qui, malgré ces « objectives » caméras en plan fixe sur les seuls regrettables débordements, soutient toujours massivement le mouvement. Les Gilets Jaunes, c’est la France sans filtre dans sa diversité et sa complexité. C’est vous, c’est moi, et le voisin d’en face. Des hommes et des femmes; des jeunes et des vieux; des gens qui travaillent et d’autres qui voudraient bien bosser, des cadres, des petits patrons, des ouvriers et des chômeurs; des timides, des tatoués et des balafrés. Ces Français sont aussi nombreux et différents que leurs colères, leurs frustrations et leurs revendications. Ils représentent l’accumulation des dossiers qui, depuis tant d’années, « marronniers » des JT, redondante complainte, n’ont jamais su trouver de réponse quelques soient les élus et leur promesses de « Changement ».

Le président n’est donc pas là, cette fois, pour dialoguer, comme il le souhaiterait, à son initiative, avec des interlocuteurs choisis, convoqués, sélectionnés selon un protocole et un agenda établi. Il n’est plus le maître des horloges. Il découvre, apparemment mal préparé à cela, que sa fonction n’est pas de dérouler un plan linéaire pré établi en essayant simplement de naviguer entre les gouttes adverses mais qu’il a été élu pour s’occuper de la France, dans son ensemble, dans sa diversité et chaque fois qu’elle a besoin de lui. C’est dur, mais c’est aussi pour cela que c’est un métier.

Il est vrai que les prédécesseurs d’Emmanuel Macron avaient, depuis des décennies, réussi à compartimenter les problèmes, notamment en les structurant par corporation. D’abord les revendications des cheminots, puis les médecins, les routiers, les profs, etc… D’où l’utilité de ces fameux corps intermédiaires, syndicats et associations, boudés depuis dix huit mois alors qu’ils relayaient, même si c’était parfois de façon incomplète ou maladroite, les problèmes de la base. Certains d’entre eux ont pu parfois pêcher par quelques outrances dans leurs méthodes de fonctionnement. Quelques un étaient sans doute plus attachés à négocier leurs subventions qu’à défendre leurs convictions et celles de leurs affiliés. D’autres, se braquant systématiquement dans une posture plus ou moins idéologique de controverse, ont pu oublier qu’ils étaient aussi là pour chercher des compromis et faire des propositions constructives. Ces gens, campés dans leur routine, méritaient donc, peut être, un petit rappel à l’ordre, un petit coup de frais, mais pas qu’on les renvoient au fond de la classe façon mauvais élève en les frustrant de toute nouvelle négociation sociale.

D’où également, l’utilité des élus de terrain. Les Maires, premier visage de l’état sur le sol Français, surtout dans les petites communes, avaient déjà été dépouillés de tout soutient par le retrait systématique et non consenti des services publiques de proximité. Inconsciemment, ils ont été tenus responsables de la paupérisation progressive de leurs villes et villages après à la disparition, sans aucun avis consultatif, de la gendarmerie, de la maternité, de l’hôpital, du bureau de poste, puis de l’école. L’Etat a fait, durant des années, ses premières économies sur leur do et celui de leurs administrés avec de simples statistiques pour seule justification. « Parce que vous n’êtes pas assez nombreux et parce que cela coûte trop cher ».

En s’arrêtant deux minutes pour réfléchir, on aurait pu se dire que c’est pourtant là tout le sens de l’expression « service publique »: que l’existence et le principe même de ce service réside dans le fait qu’il doit être présent partout même s’il n’est pas rentable. C’est la base même de notre système social et ce pour quoi chaque Français paye des impôts. Du coup, dans la foulée, comme on est parti pour réfléchir, on se demande aussi s’il est normal que, d’année en année, on continue à payer toujours d’avantage pour avoir de moins en moins de service, voir plus du tout. C’est tout le problème du consentement à l’impôt qui, lorsqu’il ne sert plus qu’à financer des services auxquels nous n’avons plus accès perd de sa justification et de sa crédibilité et met les gens en colère.

Au moment où a commencé ce long démantèlement, il y avait, encore à ce stade des interlocuteurs identifiés. C’était à ce moment là, avant d’entamer des coupes sombres et expéditives, dépouillant une partie de la population de la véritable raison d’être de l’Etat dans les régions, qu’un petit effort de réflexion, de concertation, voir de restructuration avec les élus locaux, aurait peut être suffi à calmer le jeu. Certes, cela aurait été plus complexe et plus long mais l’on pourrait aujourd’hui se venter d’avoir usé de toutes les options.

Ces maires n’avaient donc plus ce soutien et voici donc que l’on s’attaque ensuite à leur budget de fonctionnement, d’abord par un premier coup de rabot sur leurs dotations, puis, cette année, par cette étrange main basse faîte, sans préavis, sur les impôt locaux.  On parle beaucoup de l’erreur stratégique du gouvernement concernant l’abandon de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune. Je pense, pour ma part, que toucher aux impôts locaux comme variable d’ajustement sur le pouvoir d’achat en est une autre, tout aussi importante. Parce que, contrairement à ce que nos élites pensent (mais elles pensent toujours trop vite, toujours trop court), ce n’est pas le consentement à l’impôt qui est remis en question dans cette grogne généralisée. Il n’est question aujourd’hui que de justice fiscale, de juste répartition de l’effort. Je ne dis pas que, comme tout le monde, sur le moment, lorsqu’on m’annonce que je n’aurais (peut être) plus rien à sortir au mois d’octobre, je n’esquisse pas un léger sourire de satisfaction, vu l’ampleur de l’ardoise fiscale globale. Mais lorsqu’on réfléchi deux seconde, tout comme l’impôt sur le revenu, malgré le flou artistique tant dans son calcul que dans sa redistribution, est notre consentement conscient à l’effort commun du pays, l’impôt local est, dans le même état d’esprit, notre contribution à la vie de notre ville ou de notre village. Même sous couvert d’une substantielle économie, à première vue appréciable, enlever cela aux maires, c’est détruire un peu plus le seul lien de participation visible qui subsistait entre eux et leurs administrés. Lorsque cet impôt aura disparu,  lorsque que la subside du maire sera uniquement tributaire de l’enveloppe distribuée par le monolithe étatique, nous n’auront, cette fois, plus le droit de citer au bord de notre porte. Et le maire, lui, pied et point lié, uniquement cantonné au rôle de gestionnaire d’un budget dont il n’aura plus aucune maîtrise, n’aura plus qu’à hausser les épaules, lorsqu’on viendra le trouver, en chantant « j’voudrais bien, mais j’peux point ».

Les maires, ou, en tout cas, les « petits maires », sont donc considérés par nos dirigeants comme l’est le  « petit peuple »: prêts à être passés par pertes et profit. Cela fait des années que Jean-Pierre Pernaut nous montre des maires démissionnaires qui, dégoûtés et impuissants, quittent le navire en cours de mandat. Cela fait des décennies qu’à chaque élection municipale on nous montre des villes ou village que personne ne veut plus diriger. Voilà encore un dossier pour lequel rien ne se passe et personne, là haut, ne s’inquiète de la raréfaction de ce nécessaire très d’union.

Pourquoi les Gilets Jaunes réclament le retour des services publiques? C’est d’abord parce qu’ils les payes et qu’il les paye plus cher aujourd’hui qu’ils sont à 50 kilomètres que lorsqu’ils étaient dans la rue en face. Ensuite parce que, lorsque vous avez déjà du mal à boucler les fins de mois, que votre confort de vie est déjà bien entamé, ne plus trouver non plus ce confort à l’extérieur de chez soit, c’est la double peine. Et le coût, me direz vous? le coût de ces services de moins en moins nombreux et pourtant de plus en plus cher, sachant que ce ne sont surement pas les salaires des fonctionnaires, eux aussi bloqués, qui ont fait grimper la note. Et bien pour le coût, il n’y a qu’à commencer par envoyer la facture à ceux qui en ont les moyens et qui, par mille tours de passe passe ne payent jamais rien. Après, s’il reste encore des choses à payer, on fera le point. On fera, comme dirait le premier ministre, un moratoire, une conférence, une consultation.

Les maires sont donc des interlocuteurs délaissés, et les députés eux, sont désormais muselés. Bien que ça l’ai beaucoup arrangé dans sa si soudaine conquête du pouvoir, il faut reconnaître que ce n’est pas la faute de Monsieur Macron si le principe du quinquennat a commodément réglé le timing des élections législatives sur celui des présidentielles, garantissant au nouveaux présidents élus une quasi certitude de majorité. C’est d’ailleurs certainement la première chose contre laquelle le peuple, à l’époque, aurait du s’insurger. Il est certain que, pour les gouvernants, la succession d’années de cohabitation se présentaient comme une épine dans le pied, un empêchement de gouverner en rond. On nous a donc présenté cela comme une erreur de nos institutions qui freinait les réformes et empêchait le pays de progresser. Pourtant, d’un point de vue purement démocratique, pour le peuple, à l’instar des élections de mi-mandat aux Etats Unis, l’échéance des législative était justement la seule vrai prise de pouls social au milieu d’une gouvernance, la seule vraie possibilité, pour les électeurs d’accélérer ou, au contraire, de freiner les réformes en cours. C’était donc, forcément, aussi, pour le président et son gouvernement, un élément a prendre en compte avant d’agir n’importe comment, menacés qu’ils étaient  d’un éventuel rappel à l’ordre. Trop présomptueux, jugeant sans doute le peuple versatile, inconstant, ils se sont donc affranchis de cette étape avec pour seul fallacieux motif cette idée que cela faisait « trop d’élections », que cela gênait les gens de venir toutes les cinq minutes à l’isoloir. Nous nous sommes laissé faire.

Après les maires, les députés sont les élus les plus proches de nous, au moins d’un point de vue physique puisque leurs permanences campent à nos portes.. Ils n’ont officiellement rien de moins à faire que voter les lois qui organisent nos vies, cloisonnent notre quotidien d’un rempart protecteur contre le crime ou l’excès et gèrent structurellement et financièrement tous les échanges de la communauté. Dédaignant l’importance de cette assemblée et bien que la proximité des élections législatives lui ait pourtant donné une étonnante majorité de fans, illustres et novices inconnus venus constituer ses rangs, le président, tellement pressé et sûr de son cap, a néanmoins jugé bon d’expédier ses principales réformes à coup de 49-3 supprimant ainsi à ses quelques rares opposants, le seul droit qu’ils avaient, au moins, de dire qu’ils étaient contre. Encore une erreur stratégique qui transforme aux yeux du monde, un homme sûr de lui en monarque arrogant.

Par ce trop plein d’assurance, depuis dix huit mois, Emmanuel Macron s’est assis sur chacune des marches de la représentation nationale et il s’étonne de n’avoir désormais plus d’interlocuteur parlant au nom du peuple. Même les partis politiques « traditionnels », dénoncés par ses troupes dans l’élan du mouvement à la mode dégagiste, comme des outils institutionnels archaïques, montrent aujourd’hui, à la porte de Matignon, qu’ils avaient tout de même, quelque part, leur utilité. En effet, lorsque la Droite était la Droite et la Gauche la Gauche, les gens savaient au moins se situer en fonction de leurs priorités, de leurs aspirations économiques ou sociales et, dans le cadre de l’alternance, patienter jusqu’au jour où cela serait leur tour. Désormais sans repère, avec un gouvernement qui va plus loin que la droite n’a jamais osé aller, le tout caché derrière un petit doigt de la main gauche pour faire « genre » les électeurs pensent tout naturellement qu’ils sont allé au bout de toutes les solutions montrées comme « raisonnable ». Donc, tout naturellement, s’il n’y a plus de droite, s’il n’y a plus de gauche et si le soit disant remède « ni droite, ni gauche » s’avère être pire que le mal, que reste il comme autre choix?

Parce qu’il ne sais pas encore comment et à qui s’adresser en particulier, et avant d’entamer une nécessaire machine arrière sur les dernières pierres qu’il a, de bon cœur, apporté à l’édifice de l’injustice fiscale, notre président opère donc un rétropédalage, au moins dans sa communication, en convoquant à domicile tous ceux qu’il a boudé jusqu’ici.

Petit couplet (légèrement) compatissant : c’est vrai, Emmanuel, tu n’es pas personnellement responsable de tous les problèmes de ces gens. Tu n’as fait qu’ajouter ta patte sur des années de cynisme politique où tes prédécesseurs, bien avant toi, avaient déjà profité du bon vouloir, de la générosité et de la crédibilité des classes précaires et moyennes du pays. Mais tu t’es présenté, en prétendant que tu allais changer cela. Puis tu as été élu et tu as fait comme les autres, faisant porter une fois de plus l’effort, même si ce n’était que momentané sur les seules épaules de ceux qui n’en avaient déjà plus les moyens. Bien que tu ne sois responsable que de la dernière goutte d’eau qui fait déborder le vase du pays, tu es malgré tout comptable, de par ton rôle de président, de l’addition totale, faute de l’avoir diminuée. Fin du couplet.

Alors c’est compliqué de sortir de cette crise (en espérant que cela ne soit qu’une crise) parce que l’Etat se retrouve seul face à un mouvement citoyen, sans chef, sans tête, sans porte voix. L’Etat est devant le pays, dans sa globalité où, à chaque jour qui passe, s’ajoutent des cas particuliers à la doléance générale.

Un président qui se prétend ainsi capable d’agir sans intermédiaire, comme il le fait depuis des mois, doit avoir soit une légitimité à toute épreuve, soit un programme irréprochable à effet immédiat, soit une technique de communication directe lui permettant légitimement de se passer de tout le monde.

Côté légitimité, même si l’on considère que ses 24% du premiers tours n’ont pas déjà été largement gonflés par l’opportune affaire Fillon et le démantèlement du Parti Socialiste, on peut objectivement, sans être accusé d’un esprit partisan, émettre quelques doutes quand au fait que son score, face à l’extrême droite, soit intégralement constitué par un vote d’adhésion.

Côté programme, l’action d’Emmanuel Macron n’est en fait que la mise en place d’une stratégie économique parmi d’autres, une hypothèse d’école inspirée à la fois par des financiers qui se remettent à peine de la dernière explosion de bulle financière et par des collègues dirigeants Européens dont la plupart voient, tour à tour, leur gouvernance exploser en vol. Bien sûr on peu croire à la théorie du ruissellement, à plus ou moins long terme. Bien sûr on peu, dans un sursaut d’optimisme humaniste, penser qu’en donnant plus d’argent à des gens qui en ont déjà plein, ne sachant pas trop quoi en faire, ils vont se mettre à le distribuer à tout le monde. Prenons exemple sur l’un des fleurons de notre économie, considéré comme un Dieu vivant par ceux là même qui le retiennent aujourd’hui en prison: Carlos Ghosn. Cet homme qui gagne en un jour le salaire annuel d’un cadre supérieur. Cet homme, qui, nous dit-on, a sauvé Renault pour en faire une industrie de pointe, un cas d’école, une merveille que le monde nous envie. Il est à l’origine de cette prouesse qu’est le mariage Renault-Nissan. Cet homme a ainsi fait sa fortune et celle de son groupe. De ses actionnaires. Interrogez maintenant les ouvriers sur la qualité et la quantité du ruissellement. Je parle, bien sur, de ceux qui sont encore là et non de ceux qui, à l’époque, ont fait partie des « nécessaires » restructurations. En tout cas, si l’on veut croire au ruissellement, il va falloir qu’il pleuve très vite, parce que je ne crois pas que la base ai la patience d’attendre dix ans un hypothétique remplissage des nappes phréatiques.

Côté communication, enfin, je m’interroge toujours. On pourrait croire qu’en 2018, bientôt 2019, un président jeune et moderne comme le nôtre, qui s’exprime avec autant de savants anglicismes devant des parterres de Geeks hystériques, saurait comme personne, utiliser tous les outils de communications dont nous disposons pour parler, mieux que quiconque, en direct, à ses administrés. Qu’il ne soit pas, contrairement à Trump, un twittos fou, ne me pose personnellement aucun problème. Néanmoins, voyant que dans un mouvement d’une telle ampleur que celui des Gilets Jaunes, des milliers de Français, par le biais d’un simple réseau social, arrivent, tant bien que mal à s’organiser, à se fédérer, à monter des opérations de groupe dans tout le pays, à débattre de projets économiques ou sociaux, on pourrait penser qu’avec les moyens qui sont les siens, notre président parviendrait à son tour à prendre facilement la température du pays et surtout, à lui répondre. Par le blog, une plate forme, par un site, crypté ou non, il serait tellement facile d’interroger et de dialoguer avec le peuple, s’il en avait réellement l’envie. Nul besoin aujourd’hui d’organiser un référendum. Nul besoin de déplacer des dizaines de personnes, des mois durant, pour discuter pendant des heures. Si un président veut entendre la France, il lui suffit de prêter l’oreille ou de faire comme chacun de nous: ouvrir son smartphone et parcourir son mur. Si on veut leur poser des questions: deux clics.

Ça a toujours l’air si facile lorsque l’Etat s’adresse au peuple et c’est toujours si compliqué lorsque l’inverse est nécessaire. C’est, en fait, comme pour les taxes, toujours si facile et presque naturel d’en voter une nouvelle et si compliqué et contre nature d’en supprimer une. De là à penser que ces gens sont de mauvaise fois… il n’y a qu’un pas.

A propos de pas, Edouard Philippe vient d’en faire un, censé montrer qu’il a bien tout compris: il propose généreusement de suspendre quelque chose qui n’existait pas encore. Comme il l’a dit en préambule de ce discours: « il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas voir cette colère ». Et il vaudrait mieux être muet plutôt que de dire des trucs pareils. Bon courage à tous.

Le champion de la terre?

Il méritait certainement une sorte de prix, sans doute pas une médaille, et finalement pas pour ce qu’ils croyaient. Emmanuel Macron a effectivement réalisé un exploit dans le domaine de l’écologie: être le premier, le seul, à avoir débauché Nicolas Hulot pour en faire un ministre et finalement, quelques mois plus tard, presque réussir à discréditer la nécessité de l’effort écologique aux yeux du peuple.

Champion de la com!

La publicité, c’est ce qui permet de vous proposer un produit « pas terrible » en vous faisant croire que c’est la huitième merveille du monde. Elle insinue que le Nutella, bien gras et à l’huile de palme, est bon pour la santé de nos enfants et améliore la vie dans les pays producteurs, tout en prenant soin de la planète. Elle réussi à vous présenter Mac Donald, icône de la mal-bouffe et de la nourriture industrielle, comme l’entreprise qui va sauver notre agriculture paysanne tout en veillant sur notre poids. Elle vous vante l’implication de Lidl ou Carrefour dans la sauvegarde du commerce, de l’élevage et du maraîchage de proximité, juste avant de conclure en vous proposant des carottes à 0,80€ le kilo ce qui, effectivement, va bien rémunérer tous ces gens là.

Le marketing, c’est cette science moderne qui va mettre en œuvre tous les plans, tous les stratagèmes permettant de vous faire avaler facilement toutes ces couleuvres en pensant qu’il ne s’agit pas de publicité mais d’une vraie information. Le piège est tendu. Il n’y a plus qu’à tomber dedans.

Nous avions la faiblesse de croire que ces techniques n’étaient que l’apanage quasi nécessaire du commerce, nous laissant presque faire par ce bourrages de crâne continu, souvent par habitude, parfois de bon cœur, estimant sans doute que c’est, en quelque sorte, de bonne guerre, que cela fait parti de la vente. Mais aujourd’hui, le marketing, la « com », est sorti de son cercle premier pour toucher tous les domaines des relations humaines: la politique, l’entreprise, l’emploi, le sport, l’information, les médias. Tous ces domaines ne sont plus affaire de compétence mais de communication.

Aujourd’hui, par exemple, à Pôle Emplois, lorsqu’on vous briefe pour un futur entretien d’embauche, on ne vous apprend pas à mettre en avant vos compétences, on vous explique « comment vous vendre ». Pourtant, il me semble que lorsqu’un employeur publie une annonce, ce n’est pas pour acheter un bibelot, mais bien pour investir dans une capacité afin de remplir une mission.

Dans un tout autre domaine, lorsqu’on prépare un journal télévisé, à fortiori sur les chaines privées (reconnaissons que, depuis quelques mois, le service publique a fait quelques efforts notables), dans la salle de rédaction, ne croyez pas que l’ordre du jour consiste à faire rentrer la masse d’information ou de dépêches du jour disponibles dans la trentaine de minutes impartie entre deux pages de Pub. Si c’était le cas, nous saurions tout sur tout et ne serions pas surpris lorsqu’on découvre (enfin) qu’une guerre ravage le Yémen depuis des années, ou que telle ou telle population crève de faim depuis des mois. Nous aurions des nouvelles de l’Ukraine, plus souvent qu’une fois tous les six mois, nous laissant supposer qu’entre deux cette zone du monde se porte à merveille (pas de nouvelle bonne nouvelle). Nous verrions, au quotidien et à l’échelle de la planète, les conséquences et l’évolution du réchauffement climatique, pas simplement lorsqu’un lanceur d’alerte charismatique débarque, une fois de temps en temps, à l’occasion de la sortie d’un livre, pour nous secouer les puces. Nous mesurerions objectivement les dégâts de la pollution, pas seulement lorsqu’une ou deux galettes de pétrole viennent s’échouer sur nos cotes, comme si cela n’arrivait que chez nous ou que ce n’était dramatique et digne d’être souligné parce que c’est chez nous. Et encore, il peut même, parfois, y avoir une hiérarchie dans l’importance de la misère à l’intérieur de notre pays suivant où et quand cela arrive. Même pour la page des sports, on arriverait à savoir qui et quand joue, même lorsque c’est diffusé sur une chaîne concurrente.

Non, la question qui sous tend en conférence de rédaction c’est: qu’est ce qui va tenir le chaland pendant une demi heure sans qu’il ne change de chaîne, de manière à pouvoir vendre un peu plus cher la pub d’après. Le résultat c’est 15 à 20% d’info grand max, sauf événement exceptionnel, le reste étant constitué de reportages dits « de société » ou de « découverte », certes bien ficelés et loin d’être inintéressants mais qui auraient d’avantage leur place dans un magazine. Ou alors c’est un défilé d’invités vedettes dont la présence n’a souvent d’autre objectif, une foi de plus, que de vendre un autre programme de la chaîne ou un produit qu’elle a sponsorisé. Où quand le présentateur du JT devient un homme sandwich.

Il suffit d’ailleurs, pour ce rendre compte de cette sélection arbitraire d’informations sélectionnées, triées, castées, de zapper d’une chaîne à l’autre, et même d’un média à l’autre pour constater que ce sont les 5 ou dix mêmes informations, au nombre et parfois au mot prêt qui sont traitées en 5 minutes à la radio, en dix minutes sur M6, en une demi-heure sur TF1 et en une journée complète sur BFM. On pourrait imaginer qu’en toute logique, ceux qui accordent un plus long temps d’audience à la tranche d’info seraient en mesure de nous en donner plus. Et en fait non. En dehors de ce que certains (qui et au nom de qui?) ont décidé comme étant « l’info principale », le reste du temps imparti n’est que redite, blabla, polémique, délayage ou autopromotion. Quand on pense, à titre d’illustration, que le 24 Novembre, lors de la manifestation des Gilets Jaunes à Paris,  8 000 personnes en tout, BFM, qui avait pourtant dépêché une bonne vingtaine de journalistes dans les rues de Paris, n’a même pas eu deux minutes de temps a consacrer dans toute une journée à l’autre manifestation, celle des Violences Sexistes, qui a pourtant, elle, réuni (selon les chiffres officiels) 12 000 personnes, il y a de quoi se poser des questions.

Champions de la Vente.

En politique, c’est devenu la même chose. Les conseillés en communication, dont on fait même aujourd’hui des séries télé, ont prit très largement le pas sur les concepteurs et rédacteurs de programmes. Je n’y était pas, mais je pense que De Gaulle a, en son temps, été plus ou moins choisi pour ses compétences. Il avait sauvé la France et personne ne contestait qu’il soit un grand meneur. Giscard avait des idées pour moderniser la France et préparer l’Europe. Mitterrand avait rassemblé la Gauche et annoncé un programme social ambitieux. Je ne dis pas que ces gens ont fait ce qu’ils ont dit, mais ils avaient au moins dit ce qu’ils pensaient faire. Puis, très vite, d’années en années, de septennats en quinquennats, à mesure de la progression des moyens de communication et d’image, les élections se sont d’avantage organisées à coup de packaging et de slogans.

En 2017, Emmanuel Macron, a lui même, peut être « à l’insu de son plein gré » (je lui laisse le bénéfice du doute), été casté, comme on choisi son poulain, par les grands de ce monde. Sa « légende » personnelle et son orgueil en prendront peut être un coup, mais admettez que la soudaine et précaire love story entre les journalistes et lui, appuyée par quelques sondages favorables, ne sont pas des arguments suffisants, pour un homme seul, si jeune et déjà ministre, susceptibles de le décider à tout plaquer, façon coup de poker, et à s’aventurer sans filet dans une campagne présidentielle. Aucun parti politique en soutient et pas de programme. Rien a proposer donc, a priori, que sa belle gueule photogénique de jeune énarque et son discours de banquier qui, poil a gratté dans un gouvernement censé être socialiste, faisait suffisamment tâche pour attirer l’attention. C’est un profil, finalement qui se décrit et s’élabore comme un scénario de film commercial. On sait pertinemment (ils ne s’en cachent même plus) qu’à chaque élection les riches industriels, les rois du CAC40, s’inquiètent des programmes des prétendants au trône, surtout de gauche. Non pas parce qu’ils ont peur qu’on leur prenne leur argent (touche pas au grisbi!!), mais simplement pour anticiper et savoir s’ils doivent le planquer ou non. D’habitude, ils subissent un peu et attendent le choix du peuple avant de consulter leur conseil financier. Mais pour une fois, ils pouvaient peut être devancer l’appel et faire leur propre sélection. Soyons clair: la démission de Macron du gouvernement puis le Top Départ du mouvement En Marche, financé en un éclair, dans sa structure, par je ne sais quel miracle a parfaitement coïncidé avec le soutient presque hystérique des plus grandes fortunes de notre pays. Puis, on en a même vu des images, ce mouvement s’est constitué en deux coups de cuillère à pot, comme on fait une Start Up, où quatre ou cinq jeunes tout frais sortis d’une école de commerce nous montent trois idées en épingle selon les grands principes de la mercatique en espérant faire le casse du siècle. On peut sans doute être admiratif de tout cela, mais on ne doit pas être dupe.

Et d’ailleurs, par la suite, de son propre aveux, c’est à un véritable braquage politique que s’est livré Emmanuel Macron. Pas simplement parce qu’une bonne partie de ses concurrents se sont auto éliminés au fur et à mesure de la campagne et qu’il a finalement été élu plus par défaut que par conviction, mais parce que durant toute cette année, il organisé sa « marche » entre sponsors et forces de vente en s’attachant d’avantage à la qualité de l’emballage qu’au contenu du paquet. Son programme, si peut important qu’il n’y a qu’à demander dans la rue qui s’en souvient, ne fut constitué que d’un habile Best off plus ou moins édulcoré de ses concurrents, simplement pimenté d’une théorie du ruissellement à demi avouée. Preuve en est qu’en visionnant les débats de premier tour, on s’aperçoit qu’il arrivait à être tour à tour d’accord avec l’ensemble de ses concurrents, tantôt avec celui de droite, tantôt avec celui de gauche, ce qui ne manquait pas de déclencher quelques ricanements presque gênés de l’auditoire. Concernant l’exposé de ses compétences personnelles, normalement primordiale dans le choix de la plus grande autorité du pays, la priorité a justement été d’étouffer son CV: oublié son passé de Banquier chez Rothschild; oublié ses débuts chez Hollande comme secrétaire ou conseillé du président; oublié son statut de ministre de l’économie. Comme dans les publicités les plus efficaces évoquées précédemment  il a réussi à se vendre comme l’exact opposé de ce qu’il a été:  étranger à la politique de son prédécesseur alors qu’il en a été un des principaux acteurs et étranger au milieu de la finance où il a pourtant fait ses armes. Beau Boulot! Se présenter comme dé gagiste (ça aussi il l’a emprunté!) de la « vieille » politique alors qu’on en a soit même écrit quelques belles lignes et qu’on a eu l’exacte même formation que ses prédécesseurs, dans la même école, avec les mêmes cours, les même diplômes, il fallait le faire. Mais on le sait, en matière d’arnaque: plus c’est gros et plus ça passe!

Le principe même de la composition de son premier gouvernement est du pur marketing où l’on ne théorise plus la qualité de l’équipe que d’après de simples quotas, façon étude de marché. Tant d’homme et tant de femme. Tant de droite et tant de gauche. Tant de politiques et tant de la société civile. Que, dans un sondage, on cherche une représentation de tout le monde, ok. Mais pour ce qui est d’un gouvernement, je pense que l’essentiel est avant tout affaire de compétence aussi bien dans le sujet, que dans la méthode pour le traiter.

Nicolas Hulot fut donc un de ces meilleurs éléments de pur casting. Ultra Bankable. Tout comme de mettre Laura Flessel, ex-championne d’escrime, aux sports sans s’attarder à savoir si elle serait aussi douée à manier désormais des dossiers budgétaires qu’en son temps un fleuret, prendre Hulot à l’écologie fut sans conteste une des plus belles prises de guerre de ce début de mandat. Une des personnalité préférée des Français et surtout l’incarnation de l’écologie dans le pays. On ne pouvait pas rêver mieux comme caution, surtout pour ce nouveau président qui fut, sans conteste, de toute la campagne, un des candidats qui aura le moins traité les problèmes du climat.

Mais nous croyons aux bonnes intentions et à la sincérité de la proposition, même si, lorsqu’on réfléchi un tout petit peu, on se demande comment un président ultra libéral, partisan d’un libre échangisme des plus total et qui ne pense ouvertement la France qu’avec une calculatrice en mode profit, pourra longtemps s’entendre avec un homme dont les prérogatives les plus affirmées sont de faire prendre un virage à 180° aux forces de l’argent, modifiant nos habitudes de consommation, de production, de transport et d’énergie.

En tout cas, sans avoir fait de grandes écoles, on avait vu venir tout cela. Et ce n’est pas, j’imagine, le deal de départ sur l’abandon du Projet de Notre Dame des Landes (qui devait, en fin de compte, bien arranger le patron en terme de dépense inutile) qui aurait pu être suffisant pour faire tenir un homme de conviction comme Hulot dans une équipe majoritairement dirigée par Bercy. Ce dernier a donc très vite capitulé, ne surprenant finalement que l’intéressé qui n’avait apparemment pas été mis dans la confidence. Même les journalistes qui l’ont interviewé ce jour là, n’ont sans doute été surpris que par la forme et la soudaineté de son annonce, car cela faisait déjà bien des mois qu’avec cynisme ils comptaient ouvertement les couleuvres que chaque jour il devait avaler.

Notre champion de la terre est, en fait, l’antithèse de l’écologie. Il est dans une vision globale de pragmatisme économique totalement incompatible avec cette démarche. Ce fait là, en lui-même, n’est pas condamnable. C’est un choix Politique, stratégique. Ce qui est critiquable, c’est, non seulement de ne pas le reconnaître mais aussi d’utiliser l’argument écologique comme prétexte fallacieux dans son petit business ou de se planquer derrière pour justifier des réformes qui n’ont ouvertement rien à voir. Son utilisation presque scandaleuse comme couverture médiatique pour faire passer son ultime et prohibitive Taxe en est bel et bien la preuve.

Disons le tout net, la transition écologique ne se fera pas en modifiant uniquement le comportement du petit peuple et, surtout pas en le dégouttant par une démarche uniquement punitive. Le particulier était d’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, la seule tranche de la population convaincue par cette nécessité, acceptant sans broncher chaque petit pas, chaque petit effort du quotidien au nom de la cause. On a, de bon cœur, commencé par fermer les robinets en se brossant les dents. On a prit des douches plutôt que des bains. On a isolé nos maisons à mesure de nos moyens. On a abandonné les sacs plastiques aux caisses des supermarchés, puis les pailles, puis les cotons tiges, puis les couverts à pique-nique. On a changé nos ampoules électriques, d’abord pour des bazars bizarres et moches qui n’éclairaient pas, puis pour des allogènes censés durer une vie et qui cassaient plus vite que les autres, puis pour des Leds. On a oublié les produits Phytosanitaires dans nos jardins. On a roulé, aux ordres, en alternance dans les villes, moins vite dans les campagnes et acheté toutes les nouvelles vignettes. Et bien sur, jusqu’à aujourd’hui, on a payé toutes les taxes qui se sont accumulées, cachées dans tout ce qui bouge et portant ou non l’estampille écolo. On peut donc convenir que, jusqu’ici, s’il y en a qui ont tout bon, qui ont fait des efforts, des concessions, c’est bien nous, le peuple.

Le champion de la terre fait semblant de croire que les gens grognent parce que l’écologie ne serait pas leur priorité alors que déjà, chaque jours, ce sont eux, qui payent et modifient leur comportement. Il les pointes du doigt comme des mauvais élèves devant le reste de la classe. C’est non seulement un mensonge, mais c’est totalement contre productif. Parce qu’au nom d’un prétexte fallacieux justifiant une nouvelle saignée, au nom d’une cause dans laquelle il ne s’est lui même pas encore engagé, il risque simplement de la faire reculer dans l’opinion publique.

Le gros problème de nos gouvernants, c’est que les gens mécontents qui sont aujourd’hui dehors ne sont pas les décérébrés égoïstes qu’ils décrivent en espérant les décrédibiliser, ces « fumeurs de clops contents de rouler au volant d’un diesel », comme si c’était leur choix. Ce sont, au contraire, des gens réfléchis, instruits, qui travaillent ou ont travaillé, qui naviguent sur internet et s’informent et qui comprennent parfaitement que cette transition écologique ne pourra se faire que si l’on s’attaque à toutes ses causes. Ils ne cherchent même pas à minimiser leur propre rôle dans l’affaire, ou dire qu’ils n’y sont pour rien. Ils disent seulement trois choses fort simples:

La première, la plus simple, c’est que cela fait aujourd’hui mathématiquement beaucoup trop de fiscalité pour leurs seules épaules, vu la faiblesse avérée de leurs revenus. Arrive un moment où il y a forcément un maximum admissible à payer qu’il est légitime de prendre en compte, sachant que la seule chose qui, pour la plupart des gens, ces dernières années, n’a pas augmenté, ce sont les salaires. Ou si peu. Cela fait trop, pas au regard du motif de la taxe qu’ils trouveraient injustifié, mais en rapport avec la totalité de celles qui leur sont déjà prélevées depuis des années. Ces Français en gilets jaunes savent parfaitement compter, et ceux qui ne sont pas encore dehors, à ce jour, sont seulement sursitaires. Ils peuvent encore passer leurs journées aux Galeries Lafayette, l’air de rien, et faire leurs achats de Noël pendant que les autres sont sur les « Champs Des Gilets » à crier leur détresse. Mais ce cumul les menace, eux aussi, chaque jour, un peu plus, et peut être qu’à la prochaine taxe, ou celle d’après, ils viendront à leur tour rejoindre les rangs.

Le deuxième point est que désormais, s’ils participent, y compris financièrement à cette tâche, ils veulent que cet argent serve d’abord et réellement à l’écologie, à la recherche de solutions, au financement de projets concrets. On a trop souvent triché, depuis des années avec leurs bonnes intentions, créant des prélèvement chaque fois censés financer des choses qui ne se sont jamais concrétisées. Rappelons, entre autres exemples, que l’on paye déjà, sur l’essence, une taxe pour la réfection des routes alors que nos voitures n’ont jamais roulé sur autant de nids de poules.

Enfin, le troisième point et non des moindres, c’est qu’ils ne soient plus les seuls à porter le poids de l’effort. Non par mesquinerie, mais parce qu’ils ont parfaitement compris qu’on ne mets pour l’instant que sur leur seules épaules la charge de l’écologie et que ce n’est même pas la solution la plus pertinente. La encore, ce sont des gens parfaitement instruits. ils savent, s’informent et concluent qu’il n’est pas normal qu’on leur demande toujours plus d’argent à eux qui n’en n’ont pas, ou en tout cas de moins en moins, alors que les usines dans lesquelles ils travaillent, les entreprises dans lesquelles ils triment parfois depuis de nombreuses années et qui génèrent, pour certaines, d’importants bénéfices ne sont pas, prioritairement sollicitées. Et on ne parle pas de leur prélever une maigre taxe d’un côté pour immédiatement leur rendre de l’autre une grosse subvention.

Pour devenir un vrai champion de la terre, il va falloir bosser vraiment et mouiller enfin sa chemise en s’attaquant aux vrai causes du changement climatique et en allant frapper là ou il y a de l’argent. Cela sera certainement bien plus dur que de tenter discrètement de faire passer une nouvelle ponction auprès du petit peuple tout en appelant à la rescousse un casting de haute volée façon Hulot. Il va falloir s’attaquer au monde de la finance, aux industriels, aux producteurs, aux distributeurs, aux transporteurs (camions, avions, tankers), aux agriculteurs, bref, à tous les ministères qui ont renvoyés pendant plus d’un an ce même Nicolas Hulot dans ses six mètres.

Parce que ce ne sont pas les petites gens, qui ramassent aujourd’hui leurs courses surtaxées aux caisses en faisant l’effort de venir avec leur cabas ou leur baluchon, qui utilisent le plus de plastique. Ce sont les industriels qui, eux,  continuent, sans qu’on ne leur dise rien,  d’emballer 4 biscuits dans une boîte qui en contiendrait volontiers douze. Eux, encore, qui modifient, désormais, leurs bouteilles de soda (marketing oblige) réduisant légèrement leur contenance pour faire passer l’augmentation du prix au litre, ce qui fait qu’à contenance égale, il vous faut maintenant deux bouteilles au lieu d’une. Ce sont aussi les distributeurs qui vous emballent chaque produit au rayon frais, individuellement, parfois une tranche de jambon pour un sac plastique, histoire de ne pas faire d’erreur de prix.

Ce ne sont pas les petites gens non plus qui décident de la provenance du bout du monde des milliers de produits importés qu’on les somme d’acheter à grand renfort d’heures de publicité, fabriqués dans des usines qui crachent de la fumée et livrés sur des portes containers puis des camions qui marchent au carburant détaxé. Ce ne sont pas eux qui font ces choix stratégiques. Tout au plus, ils les subissent jusqu’au boycotte de ces derniers jours. Ils ne font pas ces choix, mais comme ils sont instruits, ils entrevoient ce qu’il faudrait faire et ne comprenne plus pourquoi on se retourne seulement vers eux. Ils ne comprenne plus pourquoi on leur prends toujours un peu plus, à eux qui n’ont pas grand chose, alors qu’il existe, juste devant eux, des masses d’argent inutiles que personne ne touche jamais.

J’ai récemment visité une grande usine en Hollande, de ces usines hyper automatisées, modernes et qui, par ces machines consomment énormément d’énergie. L’industriel, dès la construction, a investi dans trois éoliennes de la taille de celles que l’on aperçois en bordure d’autoroute. Un coût supplémentaire me direz vous. Non, car pour une entreprise, contrairement à un ménage, on appelle cela un investissement. Or, aujourd’hui, cette entreprise est indépendante énergétiquement et donc, économise, faisant plus de profits. Mieux, elle n’utilise pour sa propre consommation que deux de ses éoliennes et revend à l’état la production de la troisième. Bénéfice supplémentaire.

Il y a des réformes concrètes à faire pour être champion de la terre. Des tonnes d’idées, d’investissements qui, au bout du compte, non seulement ne toucheraient pas le pécule de ce bon petit peuple jusqu’ici fort docile, mais en plus seraient générateurs de profits. Je suis certain que ce peuple, depuis des siècles enclin à servir d’exemple aux yeux du monde par son model social et qui, jamais n’a remis en question son consentement à l’impôt , ce peuple des lumières, ce peuple généreux, créateur bénévole des restos du cœur, aurait une admiration sans borne pour un dirigent juste qui aurait le courage de s’attaquer aux lobbys, aux cerbères de l’argent. Ils le suivraient dans sa démarche vertueuse, dans ce vrai et enfin honnête cap. Et ce faisant, même avec une petite taxe de plus il seraient alors capable de le sacrer au moins un jour Champion de la France.