On croit tous au Père Noël?

Emmanuel Macron Vs Les Gilets Jaunes, c’est le calendrier de l’avant 2018. Chaque semaine passe ou l’on arrive à gratter quelques cases pour découvrir un embryon de cadeau, souvent mal pensé et qui, si on le prends quand même parce qu’un cadeau, ça  ne se refuse pas, ne fais jamais vraiment plaisir comme on le souhaiterai. Normalement, le calendrier de l’avant, cela sert à faire patienter jusqu’au soir du vrai Noël. Il n’est pas sur que celui-ci nous conduira jusqu’au paquet que tous attendent.

Ce lundi soir, notre président nous a offert 13 minutes d’audition. Il était déjà venu précédemment nous dire qu’il avait tout bien entendu, et tout bien compris et on s’attendait donc, après quatre semaines de tumulte, quatre weekend de déchaînement social populaire inédit contre sa politique et ses répercutions immédiates, qu’il nous livre sa solution. Il a du faire le même audimat qu’une finale de la coupe du monde, annoncé depuis trois jours avec logo, jingle et comptes à rebours, précédé non stop du défilé de tous les chroniqueurs politiques qui nous ont livré leurs meilleurs pronostiques comme avant un tiercé. Je ne sais plus lequel d’entre eux a dit qu’il n’était pas très bon dans ce genre d’exercice… en voilà un qui connait son affaire.

Personne ne savait vraiment ce qu’il allait dire. Suspens! Seulement trois de ses très proches étaient dans la confidence a-t-on entendu. Ben oui, on ne gâche pas une surprise! Du coup, comme j’ai mauvais esprit, je me suis quand même demandé comment il était humainement possible de préparer d’aussi hypothétiques importantes réformes à effet immédiat sans organiser un peu cela à l’avance avec quelques ministre. Au moins le premier. Ou quand le doute nous assaille…

Résumons et décryptons à froid ce lancinent blabla:

Case N°1. Un smicard touchera 100 euros de plus. Potentiellement. A ben oui, potentiellement, parce qu’il ne s’agit pas d’une hausse du Smic (ne lui faites pas dire ce qu’il n’a pas dit). Le Smic sera revalorisé, comme prévu, cette année d’environ 20 euros entre la baisse de charges et la revalorisation « naturelle » (c’est pour moi, c’est cadeau!) et le reste sera reversé par la sécu avec la prime d’activité. Sous conditions, donc. Nos amis du bas de l’échelle vont donc passer ces prochains jours avec leur calculette afin de vérifier s’ils ne sont pas trop jeunes, ou trop vieux, trop ceci ou trop cela, et s’ils ne font pas, par exemple, trop d’heures supplémentaires qui risquent de faire sauter cette fameuse prime (tiens, encore un système qui donne envie de travailler), bref, s’ils rentrent dans cette première case. Quoi qu’il en soit, qui dit « sécu », dit trou de la « sécu ». Nous attendons donc prochainement la facture. Qui croit que c’est le Père Noël qui dépose les cadeaux?

Case N° 2. Les heures supplémentaires défiscalisées. C’est clair que celle là, il ne l’a pas inventé. Mais bon, ce n’est pas parce qu’un cadeau n’est pas très original qu’il ne fait pas plaisir. On y a déjà goutté, et ce n’était pas mauvais. Mais du coup, pour le fameux smicard, il ne faudra pas qu’il en fasse de trop parce que sinon, fini la prime d’activité. Et puis d’abord, cela suppose qu’il y ai des heures supplémentaires à faire. C’est comme pour les subventions contre le chômage: sur le papier, les technocrates théorisent toujours en pensant que les patrons n’embauchent pas uniquement parce que cela coûte trop cher. C’est peut être vrai dans de très grosses structures où l’on embauche parfois de façon cosmétique ou à l’inverse, dans de toutes petites boutiques où le palier entre 0 et 1 employé est tellement énorme qu’il faut un sacré pic d’activité pour pouvoir franchir le pas. Mais d’une manière générale, de tout temps et quel qu’en soit le coût, un employeur embauche parce qu’il a du travail. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’elles sont défiscalisées que les patrons, grand ou petits, vont, d’un coup, faire faire des heures à leurs employés. Il faudra d’abord qu’ils aient du boulot. Sous condition donc. Ceux qui, dans l’état seront les plus immédiatement heureux, ce sont les entreprises qui font déjà faire des heures à leurs gars. Il n’y a pas de petites économies… Quoi qu’il en soit, voilà un cadeau qui ne coûtera pas trop cher à celui qui le fait, vu que, dans le principe, il n’a pas d’argent à sortir. Juste il nous fait cadeau de ce qu’il aurait pu nous piquer en plus.

Case N°3 Suppression de la hausse de CSG pour les retraites inférieures à 2000 euros. Cadeau facile, cadeau malin où je ne t’offre en fait rien de plus. J’arrête juste de te prendre ce que je t’avais pris avant. On se croirait en période de soldes où certains commerçants (pas tous!) commencent par augmenter leurs prix de dix pour cent pour te faire, ensuite une magnifique remise de… Dix pour cent. Wahou!!! c’est la fête!! Bon, cela fait six mois que je te saigne, mais là j’arrête! C’est à peut près aussi sympa que d’avoir gracieusement consenti, après quinze jours de conflit, à ne pas faire de nouvelle hausse de taxe en feignant d’oublier que ce n’était pas la prochaine, mais la précédente qui avait fait sortir les gens dans la rue.

Case N°4. la prime de fin d’année, elle aussi défiscalisée. La prime éventuelle. Soumise elle aussi au bon vouloir des patrons. En toute hypothèse, en cette fin d’année 2018 où, en tout cas autour de moi, et pour ce que je sais, le marché Français n’a pas montré le moindre signe d’un exceptionnel rebond dans les affaires, il doit y avoir trois sortes de patrons: Ceux qui s’en sortent pas trop mal et ont déjà prévu une prime pour leurs salariés (peut être est elle même prévue contractuellement ou par tradition). Ceux qui n’ont pas d’argent, qui ont fait une mauvaise année et/ou qui n’ont, quoi qu’il arrive, pas les moyens de donner une prime. Puis il doit, éventuellement, potentiellement, y en avoir quelques uns qui se tâtent, se demandent, hésitent, qui voudraient bien mais sont un peu juste. Pour ces derniers, admettons, que l’idée peut être bonne et peut éventuellement les faire basculer. Mais combien sont ils? Ceux qui n’avaient pas les moyens, n’en auront de toute façon pas plus. Mais le vrai effet d’aubaine, c’est surtout pour les entreprises qui avaient déjà prévu de payer, fiscalité ou pas, et qui du coup auront à leur tour une petite prime. Cool! Et pour l’Etat, une fois de plus, cela ne coûte rien. Juste ils ne prendront pas ce qu’ils devaient prendre s’ils avaient pris.

Quatre cases de plus dans notre calendrier de l’avant. Cela fait cinq en tout. Et certains y croient toujours. Ne soyons pas que négatifs et admettons qu’un peu a été donné à quelques uns. Admettons que ceux qui sont concernés par ces mesures prendront certainement avec plaisir ce qu’on leur donne. Mais combien seront ils vraiment?

Cinq minutes après le discours du président, des journalistes savants du service économique nous ont rapidement sorti quelques graphiques en nous chiffrant le montant global de ces mesures. Le « coût » pour l’Etat. Le but étant certainement de nous montrer l’importance de l' »effort » consenti. Personnellement, mais je suis pas très bon en comptabilité, je n’ai jamais vraiment compris comment on pouvait classer comme un coût une hausse qui ne passera pas. Pour moi, bêtement, un coût, c’est un truc que je paye, de l’argent qui sort de ma poche, pas une hypothétique augmentation de salaire que je ne touche finalement pas. Mais ce que j’aurais préféré voir, en fait, comme graphique, c’est le nombre de personnes, même approximatif, réellement touchées par ces mesures. Car, et c’est tout le problème d’Emmanuel Macron aujourd’hui, ce discours était censé être sa réponse au mouvement des Gilets Jaunes, une explication de texte montrant qu’il avait effectivement entendu, mais surtout compris.

Or, je pense que ni lui, ni les membres de son gouvernement venu par la suite enfoncer le clou et assurer le service après vente, ni les journalistes apparemment dans l’incapacité de prédire quelle sera la réaction de la rue, n’ont vraiment encore compris le message, ni même à quoi ou à qui ils avaient affaire.

Ce qui est retenu pour l’instant, par ces observateurs prétendument aguerris, c’est qu’il s’agirait d’un mouvement hétéroclite (« protéiforme » ai-je entendu au fond de la classe), non structuré, sans chef ni parti, mais néanmoins insidieusement poussé par quelques humeurs extrémistes et révolutionnaires, qui décline une succession de revendications toujours plus nombreuses et parfois contradictoires, à la limite du caprice. Difficile a appréhender, puisque pas d’interlocuteur. Difficile à cerner puisque beaucoup de demandes. Bref, pas très télégénique et surtout inclassable et peut manœuvrable.

Pourtant, même si l’on ne peut pas nier que ces points font partis de l’histoire et même si, au prime abord, on pourrait comprendre que notre Père Noël de président se trouve fort désappointé et ai du mal à trouver le présent susceptible de faire plaisir au plus grand nombre, pour qui observe et écoute vraiment la clameur depuis le premier jour, certaines constantes demeures qui ne sont pas encore assouvies.

C’est vrai qu’à laisser ainsi une bande de gaulois colériques discuter sans filtre pendant des semaines au milieu d’un rond point, il n’est pas étonnant de voir la liste de Noël s’allonger. 5, 10, 30, jusqu’à 70 points de revendication retenus. Il y a en a pourtant une qui fédère la mouvement depuis le premier jour et qui se retrouve intrinsèquement dans chaque ligne, chaque demande, chaque détail évoqué: c’est celle de Justice. Justice fiscale. Justice sociale. Parce que c’est la sensation d’iniquité qui a poussé les gens dehors.

Comme il a été dit durant des jours, personne n’a jamais remis en question son consentement à l’impôt. Personne n’a jamais dit qu’il ne voulait plus payer de taxe. La France entière souhaite conserver son modèle social et sait parfaitement qu’il faut le financer. Personne n’a jamais dit non plus concernant le point déclencheur, qu’il refusait de participer à l’effort écologique. Ce qui a mis les gens en colère, c’est uniquement le sentiment de plus en plus exacerbé et surtout de plus en plus vérifié que ce sont toujours les même qui payent, les même qui font des efforts, alors que ceux qui en auraient d’avantage les moyens dépensent d’avantage d’énergie et d’argent pour éviter de payer plutôt que de contribuer. Toujours les même qui payent, et toujours les même qui décident. Ce caractère insurrectionnel, c’est toujours la même et historique description d’une classe dirigeante minoritaire qui se partage, en petit nombre, tous les avantages, quand la majorité du peuple, qui se doit en prime d’être silencieuse, n’obtient comme seul retour de leur labeur que les miettes des princes.

A tort ou a raison, les Gilets Jaunes, c’est cela.

Emmanuel Macron, hier soir, n’a pas rien fait et n’a pas rien donné. Mais il reste hors sujet. Il n’a pas répondu à la véritable question qui était posée, celle de la justice et surtout, il n’a pas répondu au plus grand nombre de ses détracteurs. Une chroniqueuse hier rappelait que François Hollande disait autrefois que lorsqu’il était à l’Elysée, il était tellement enfermé et protégé qu’il pourrait y avoir une guerre dehors sans qu’il s’en aperçoive. Pour répondre aux attentes, notre Président devrait faire comme tout le monde: ouvrir sa fenêtre, sortir, et regarder ce qu’il se passe. Les Gilets jaunes, ce ne sont pas quelques pauvres qui réclament un peu plus de pain et ce ne sont surtout pas que les quelques milliers qui campent au rond point ou défilent le samedi. C’est une France qui, dans son ensemble, ressent ce sentiment de déclassement généralisé, qu’ils soient smicard, de la classe moyenne ou même de la classe supérieur. Toute la France qui participe à l’effort se sent concernée. Il n’y pas que les plus modestes.

Alors la réponse n’est pas simple, mais elle ne sera bonne et acceptée que si elle est globale et emprunte d’équité. Et si certains en sont venus aujourd’hui à réclamer un référendum sur l’acceptation de la politique menée par le gouvernement, c’est parce que l’on voit bien aujourd’hui, à la lumière de tout ce qui s’est débattu ces derniers jours et même si l’on peut croire, pourquoi pas, que cette politique soit économiquement bonne, au bout du compte, pour le pays, qu’elle n’est pas du tout basée sur une justice sociale et fiscale. Sans doute que l’ISF était un truc inefficace ou contre productif. Selon les chiffres officiels, il n’avait pourtant pas empêché les riches d’augmenter leur patrimoine. C’était au moins un garde fou psychologique. Personne n’a rien contre les riches et nous sommes d’ailleurs tous d’accord pour qu’il y en ai. Les gens veulent juste les aider de bonnes idées lorsqu’ils ont trop d’argent et ne savent plus quoi en faire.

Le calendrier de l’avant amène jusqu’à Noël et je crois que les Gilets souhaitent encore gratter quelques cases. Juste pour voir s’il y a encore quelque chose dessous. Mais comme ils ne croient plus au Père Noël, je pense qu’au moins inconsciemment ils ont compris que s’ils voulaient un cadeau sous leur sapin, ils faudrait qu’ils se le fassent eux même.

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